Îlot refuge
Note importante : Ces lignes directrices ne se substituent en aucun cas au jugement du concepteur. Les professionnels impliqués dans l'aménagement des rues doivent tenir compte des spécificités et contraintes du terrain, des normes en vigueur et des exigences spécifiques du projet. La responsabilité finale de la conception et de la mise en œuvre incombe à l'ingénieur/concepteur.
Télécharger le PDF1 Description
L’îlot refuge est un espace aménagé entre les voies de circulation, dont la fonction est de séparer ou d’orienter les flux de circulation tout en offrant un refuge aux piétons. Il leurs permet, en particulier à ceux à mobilité réduite, de se concentrer sur une direction de circulation à la fois, et de traverser l’intersection de façon plus sécuritaire.
Bien que des îlots refuges puissent aussi être aménagés pour les cyclistes, cette fiche porte uniquement sur les îlots pour piétons. Elle n’aborde pas non plus les îlots refuges dans les bretelles d’accès.
2 Pertinence
2.1 Sécurité
L’îlot refuge constitue un espace physique sécurisé pour les piétons lors de la traversée de la chaussée. Il contribue à renforcer leur sécurité en :
- délimitant l’espace consacré à la zone où le piéton peut s’arrêter et attendre;
- forçant un virage plus serré par la présence du mail au milieu de la chaussée (si les simulations véhiculaires le permettent);
- améliorant la visibilité réciproque entre les personnes et en favorisant le céder-le-passage aux piétons;
- réduisant le temps et la distance d’exposition des piétons aux véhicules et vélos lors de la traversée;
- apaisant les vitesses de circulation véhiculaire et en augmentant la probabilité de respect des limites de vitesse par les conducteurs.
2.2 Accessibilité universelle
L’îlot refuge contribue à améliorer l’accessibilité universelle en divisant une longue traversée en deux segments plus courts. Cette configuration présente plusieurs avantages, notamment :
- la possibilité de traverser la rue en deux temps pour les personnes qui en ressentent le besoin;
- la possibilité de prendre une pause en toute sécurité lors de la traversée;
- sur un passage pour piétons, l’îlot refuge facilite l’identification simplifiée d’un créneau de traversée, permettant au piéton – notamment à mobilité réduite ou ayant des limitations cognitives - de se concentrer sur une seule direction de circulation à la fois, ce qui réduit sa charge mentale et facilite la prise de décision.
2.3 Expérience de l'usager
L’îlot refuge améliore l’expérience du piéton en :
- réduisant son exposition aux véhicules lors de la traversée;
- rehaussant la qualité des aménagements urbains, surtout lorsque ces îlots contiennent de la végétation;
- divisant le passage piéton en deux, ce qui réduit le temps de traversée et facilite l’obtention de créneaux suffisants pour traverser.
3 Conditions d'implantation
3.1 Conditions favorables
Un îlot refuge peut en principe être implanté partout où la largeur de la chaussée le permet, indépendamment du mode de gestion du passage piéton (feux de circulation, arrêt obligatoire ou céder-le-passage aux piétons). Il peut être aménagé aussi bien sur une branche d’une intersection qu’au niveau d’une traverse à mi-tronçon.
L’implantation d’un îlot refuge est particulièrement bénéfique dans les situations suivantes :
- dans les rues où la vitesse permise est plus de 30km/h;
- à proximité de générateurs de déplacements importants (ex. : des zones achalandées, des zones scolaires ou aux alentours des CHSLD, RPA, parcs);
- quand les intersections pour traverser sont éloignées, ce qui peut entrainer la présence de lignes de désir privilégiées par les piétons;
- fortement recommandé pour les rues avec deux voies et plus par direction ou lors de l’ajout d’une piste cyclable.
3.2 Conditions défavorables
L’implantation d’un îlot refuge n’est recommandée dans les situations suivantes :
- quand les girations des véhicules de conception aux intersections empiètent sur l’espace dédié à l’îlot refuge. Dans ce cas, le décalage de l’îlot refuge n’est pas envisageable car cela compromettrait l’alignement du corridor de marche, pourrait nécessiter l’installation de feux sonores et compliquer les opérations de déneigement;
- dans le cas de passages à mi-tronçon ou d’intersections avec arrêts aux approches des rues transversales, les accès véhiculaires (existants ou futurs) peuvent limiter l’espace disponible pour l’implantation d’un îlot refuge;
- l’impact sur la circulation (limitation des mouvements) dû à l’implantation de l’îlot refuge;
- lorsque le drainage de la rue ne permet pas l’implantation de l’îlot refuge et que les travaux ne prévoient pas de modifier les pentes de la chaussée;
- lorsque le réseau d’utilités publiques souterraines présente des contraintes nuisant à l’implantation de l’îlot refuge.
3.3 Études techniques ou exercices de planification
Des études à l’étape de planification sont nécessaires afin de vérifier les éléments cités plus haut.
4 Conception
Lors de l’aménagement d’un îlot refuge, les éléments suivants doivent être considérés :
- le passage piéton à l’intérieur de l’îlot refuge doit être au même niveau que la chaussée;
- les accès piétons, les passages pour piétons, les zones d’arrêt sur le refuge, le passage sur le refuge, et idéalement le corridor de marche, doivent être alignés;
- l’îlot refuge doit être muni d’un musoir afin de protéger les piétons des mouvements de virages véhiculaires;
- l’îlot refuge doit être implanté au centre de la chaussée, entre les deux sens de circulation.
Figure 1. Composantes d'une intersection avec îlots refuges pour piétons
4.1 Dimensions minimales
Les dimensions recommandées pour l’îlot refuge (Figure 2) sont les suivantes :
- largeur cible de 2400 mm pour le passage, équivalente à la largeur des bandes blanches du passage pour piétons (1800 mm minimum pour permettre le croisement de 2 fauteuils roulants et le passage des machines d’entretien);
- profondeur de 2200 mm minimum;
- distance minimale de 600 mm entre les deux rangées de plaques podotactiles sur l’îlot.
Il est à noter que la largeur et la profondeur du refuge doivent être ajustées en fonction des débits des piétons sur ce passage.
Figure 2. Dimensions minimales recommandées pour un îlot refuge
4.2 Accessibilité universelle et mesures de sécurisation du refuge
4.2.1 Intégration des indicateurs tactiles d’avertissement
Les indicateurs tactiles d’avertissement, communément appelées plaques podotactiles, ont pour fonction de signaler la présence d’un danger et d'appeler les piétons avec une déficience visuelle à la vigilance. Ils permettent de délimiter tactilement une zone de conflit potentiel avec d’autres modes de transport et doivent être installés de part et d’autre de celle-ci.
Îlot refuge au milieu de la chaussée
Les plaques podotactiles doivent être installées à l’entrée et à la sortie de l’îlot refuge, pour délimiter tactilement l’espace de l’îlot et les voies de circulation, et ce, quel que soit le mode de gestion de l’intersection. Il faut s’assurer toutefois que les plaques podotactiles soient installées de part et d’autre des voies de circulation adjacentes à l’îlot refuge, de sorte à délimiter le début et la fin de chaque zone de conflit potentiel avec les véhicules (Figure 3).
Figure 3. Positionnement des plaques podotactiles
Îlot séparateur en bordure d’une piste cyclable
Même si l’îlot séparateur situé en bordure d’une piste cyclable n’est pas toujours considéré comme un refuge piéton du fait de sa fonction, la question de l’intégration des plaques podotactiles dans cet espace reste importante pour la sécurité des personnes avec déficience visuelle (DV). Les recommandations présentées ci-dessous relatives à l’intégration des plaques podotactiles dans les îlots séparateurs en bordure des pistes cyclables varient selon le mode de gestion de l’intersection. Elles ont été établies avec le soutien du Comité consultatif en accessibilité universelle (CCAU) du Service de l’urbanisme et de la mobilité (SUM).*
Si l’intersection est gérée par des feux de circulation et que ceux-ci ont été programmés pour faire traverser le piéton en un seul temps, il n’est pas recommandé d’installer des plaques podotactiles de part et d’autre de l’îlot séparateur (Figure 4). En effet, lorsqu’elle rencontre des plaques podotactiles, la personne avec DV s’arrête pour étudier son environnement avant de poursuivre sa traversée, ce qui risque de la ralentir et dépasser le temps de traverse qui lui est alloué.
* Compte-rendu de la rencontre du 29 mai, 2025 disponible ici (usagers internes seulement)
Figure 4. Îlot séparateur de piste cyclable à une intersection gérée par feux de circulation
Si l’aménagement permet aux cyclistes d’effectuer un virage à droite sur feu rouge, comme c’est le cas dans les intersections protégées, ou lorsqu’on estime qu’il est fort probable que le cycliste ne s’arrête pas au feu, il est recommandé d’installer des plaques podotactiles de part et d’autre de l’îlot séparateur, même en présence de feux de circulation, et de s’assurer de mettre le marquage et la signalisation adéquats (passage piéton jaune, dents de requins) pour que le cycliste cède le passage au piéton qui conserve sa priorité en tout temps.
Intersection gérée par des panneaux d’arrêt
Si l’intersection est gérée par des panneaux d’arrêt, il est recommandé d’installer les plaques podotactiles de part et d'autre de l’îlot séparateur et de s’assurer que les deux côtés de la chaussée et de la piste cyclable sont également délimités par des plaques (Figure 5). Les deux rangées de plaques podotactiles de part et d'autre de la piste serviront alors à délimiter le début et la fin de la zone de conflit potentiel avec les cyclistes (similaire aux quais d'autobus en bordure d’une voie cyclable). Il faut noter que dans cette configuration, il sera toujours laborieux pour la personne avec DV de déterminer le moment opportun pour traverser la piste cyclable.
Figure 5. Îlot séparateur de piste cyclable à une intersection gérée par des panneaux d’arrêt
De façon générale, si l’îlot refuge ou l’îlot séparateur à une profondeur inférieure à 2200 mm, il n’est pas recommandé d’y installer des plaques podotactiles car celles-ci doivent toujours être présentes en nombres pairs afin de bien indiquer le début et la fin de chaque zone de conflit. D’autres solutions peuvent être envisagées dans un tel cas. La consultation d’un spécialiste en orientation et mobilité est nécessaire afin d’évaluer le besoin (voir la section sur la traversée de la rue dans la Liste de vérification – Accessibilité universelle).
4.2.2 Feux sonores
Les conditions d’installation du bouton d’appel des feux sonores dans un îlot refuge sont les suivantes :
- Lorsque la traversée se fait en un seul temps et qu’un signal sonore est requis, un bouton d’appel est installé à chaque extrémité de l’intersection
- Un bouton d’appel répétiteur est requis sur l’îlot refuge et doit être accessible (Figure 6) afin de permettre la réactivation du feu en cas de besoin (voir INLB, 2014).
Lorsque la traversée de la rue est programmée pour être faite en deux (2) temps, selon les critères normés (Tome V), des signaux sonores doivent être prévus pour chaque portion de la traversée. Des têtes de feu avec des boutons d’appel et des dispositifs de localisation distincts doivent être aménagés sur le refuge pour piétons, en plus de ceux installés aux coins de rue (Figure 7). Pour plus de détails, consulter le guide de l’Institut Nazareth & Louis-Braille (INLB, 2014).
Figure 6. Bouton d'appel accessible dans un îlot refuge
Figure 7. Passage piéton avec traversée en deux temps
4.2.3 Bordures
Afin de guider les personnes avec déficience visuelle (DV) et de leur permettre de garder leur alignement en traversant la rue, les bordures de part et d’autre du refuge doivent être verticales et idéalement, sans rayons de coins ou bien avec des rayons de coins le plus serrés possible. En effet, la bordure droite est détectable par la canne blanche et constitue de ce fait une ligne de guidance parallèle à la trajectoire piétonne, pouvant être longée par les personnes avec DV afin de garder leur alignement durant la traversée de l’intersection.
4.3 Mesures de sécurisation du refuge
Afin d’assurer la protection des piétons et de guider les conducteurs dans leurs manœuvres de virage tout en maintenant une distance sécuritaire par rapport au refuge, il faudrait fournir un repère visuel vertical balisant ou signalant ce dernier.
Étant donné que le risque qu’un véhicule circulant en ligne droite, dans des conditions de circulation normales, heurte l’extrémité du mail est très faible, le muret des îlots refuge (de type Kit-Kat ou autres) n’a en aucun cas la fonction d’un dispositif de retenue pour une collision frontale. Par ailleurs, d’un point de vue d’expérience usager et de convivialité, la présence d’un muret contribue à créer un environnement plus austère et moins accueillant. Par conséquent, l’aménagement d’un musoir d’une hauteur équivalente à celle d’un trottoir (soit 150 mm) est recommandé.
Le musoir peut être surmonté par :
-
un ou plusieurs bollards réfléchissants, installés le long du musoir, lorsque la largeur de l’îlot le permet :
- bollards rigides (Figure 8) fortement recommandé sur les réseaux de camionnage;*
- bollards flexibles (Figure 9) en plastique de type décoflex;
- une balise de danger et/ou contournement selon les normes du MTMD (Figure 10).**
* Le DNI-3A-704 fourni les paramètres de conception et les techniques d’installation des bollards rigides.
** La balise de contournement peut être installée soit sur la même tige que la balise de danger sur le musoir du refuge (en bordure de la chaussée), soit sur un fût implanté en arrière du refuge (se référer au DNI-3A-704 pour les paramètres techniques d’installation de la balise sur le musoir).
Figure 8. Bollards rigides
Figure 9. Bollards flexibles
Figure 10. Balise de contournement sur le musoir
4.4 Matériaux
Le refuge doit être aménagé de matériaux contrastants avec la chaussée, comme un trottoir. Tout comme ce dernier :
- il doit avoir un revêtement régulier, sans ressauts, ferme et lisse, tout en étant antidérapant;
- iI peut être cerné par des bordures en granit (plus résistantes aux chocs de la machinerie).
4.5 Entretien
Le refuge doit être déneigé et balayé à la même fréquence que le trottoir. Il est recommandé d’installer des tiges de délimitation autour du refuge afin de faciliter son repérage pendant les opérations de déneigement.
4.6 Niveaux et drainage
L’îlot refuge doit :
- pouvoir bien évacuer les eaux de ruissèlement afin d’éviter les accumulations d’eau;
- être exempt des grilles de puisards.
Les niveaux et pentes à respecter sont les mêmes que celle d’une rampe d’accès universel (RAU) (se référer au DNI-3A-700). Il est possible d’aménager le refuge avec une pente simple, qui draine vers un côté, ou une pente double, qui draine l’eau vers les deux côtés (Figure 11).


Figure 11. Îlot refuge avec pente simple (gauche) et pente double (droite) pour faciliter le drainage
Dégagements à respecter
4.7.1 Fût d’éclairage ou de feu de circulation
En général, le fût d’éclairage ou de feu de circulation doit être implanté derrière le passage piéton, à une distance de 450 mm entre la bordure et le centre de la base du fût.
Lorsqu’un ou deux fûts munis de boutons d’appel du signal sonore sont implantés dans le refuge, selon que la traversée se fait en un ou deux temps :
- Le bouton doit être installé à une distance maximale de 450 mm de la bordure intérieure du refuge afin de que l’usager puisse accéder au bouton d’appel;
- Une surface plane au sol, de 815 x 1370 mm, adjacente au bouton d’appel, doit être exempte de tout obstacle et accessible en toute saison (voir INLB, 2014).
4.7.2 Plantations
Si des plantations sont ajoutées dans le refuge, celles-ci doivent permettre de maintenir la visibilité réciproque entre les conducteurs et le piéton sur le refuge, ainsi que la visibilité des panneaux de signalisation et des têtes de feux de circulation (voir les normes du ministère des Transports et de la mobilité durable - Tome I, Ch.7).
Si la longueur du terreplein abritant le refuge le permet, il faut laisser un 5 m de dégagement exempt de toute plantation haute de part et d’autre du refuge (Figure 12). Sinon, il est recommandé que la hauteur de la plantation (maximum de 600 mm) et le dégagement de la couronne de l’arbre (minimum 2500 mm au-dessus du sol) soient pris en compte (Figure 13). Voir les fiches sur la hauteur de plantations et le dégagement visuel minimal aux intersections.
Figure 12. Dégagement visuel à proximité du refuge
Figure 13. Hauteur maximale des plantations au sol et hauteur minimal des couronnes d'arbre
Références
- National Association of City Transportation Officials (NACTO) (2026), Pedestrian Safety Islands (https://nacto.org/publication/urban-street-design-guide/intersection-design-elements/crosswalks-and-crossings/pedestrian-safety-islands/)
- Piétons Québec (2021), Piéton un jour, piéton toujours : Aménager des rues conviviales et sécuritaires pour les personnes aînées (https://www.pietons.quebec/sites/default/files/documents/pietonsqc_pietonstoujours_publication.pdf)
- Institut Nazareth & Louis-Braille (INLB) (2014), Critère d’accessibilité universelle : déficience visuelle – Aménagements extérieurs (https://lavilledemontreal.sharepoint.com/:b:/s/SUM_DAR/IQDjuvcx97eLRIYzxv1GUVfSAagy78MHhpnW-dNsBqV-nno?email=34_service_de_urbanisme_et_de_la_mobilite%40montreal.ca&e=HB6iN4)
- Groupe CSA (2023), Conception accessible pour l’environnement bâti = CASA/ASC B651:F23 (https://www.csagroup.org/fr/store/product/CSA-ASC%20B651%3A23/)
- Ville de Montréal (2017), Fascicule 5 : Aménagements piétons universellement accessibles − Guide d’aménagement durable des rues de Montréal (https://mtl.ged.montreal.ca/constellio/?collection=mtlca&portal=REPDOCVDM#!displayDocument/00000093021).
- Ministère des transports et de la mobilité durable (MTMD) (2025), Lexique : Normes – Ouvrages routiers (https://www.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/index.php?eID=dumpFile&t=f&f=156324&token=9b968fde9100ebd1c3432f601506419e27418b3b)
Remerciements
Rédaction
Atae AZZAM, Conseillère en aménagement
Saoussen EL-FEKIH, Conseillère en aménagement
Groupe de travail
Isabelle GUY, Architecte paysagiste
Majed HALWANI, Ingénieur
Luc MARTEL, Agent technique
Sid Ali AIT-KACI AZZOU, Agent technique
Illustrations
Maxime BONESSO
Partenaires
Comité consultatif en accessibilité universelle (CCAU)
Ce document a été approuvé par le
Conseil technique du Répertoire des pratiques d'aménagement de la rue
